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Saint-Valentin: véritable fête ou simple pastiche ?

coeur de dragon

A l'origine une tradition occidentale, la fête des amoureux s'est importée au Cambodge. A la grande joie des jeunes générations. Les plus anciennes sont un peu réticentes, craignant une perte des valeurs khmères.

Interrogés sur la date de l'Indépendance ou celle de n'importe quelle cérémonie religieuse, les jeunes risquent d'hésiter. En revanche, pour ce 14 février, ils répondront tous que c'est la Saint-Valentin, la fête des amoureux. La plupart des Cambodgiens profitent de cette tradition venue d'Occident pour s'échanger des cadeaux tout en se déclarant leur amour. Des stands de fleurs apparaissent d'ailleurs un peu partout dans les rues.

La plupart des boîtes de nuit et des restaurants marquent aussi l'événement. Quant à la chaîne de télévision TV Apsara, elle consacre une semaine, entre le 11 et le 17 février, à des programmes sur différents thèmesdécoulant de l'amour.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que la Saint-Valentin est une fête commerciale. En période normale, une rose ne coûte que 1500 à 2000 riels, mais à cette occasion, le tarif augmente au moins d'un dollar. «Les jeunes clients dépensent de l'argent sans regret pour acheter des fleurs et montrer leurs sentiments. Je suis satisfaite quand le 14 février approche», relève Bopha, une fleuriste du marché central. «Si les garçons achètent des bouquets pour des raisons sentimentales, ajoute-t-elle, les filles les offrent plutôt en guise d'amitié.»

Depuis quelques années, les jeunes sèchent les cours à cette date pour célébrer l'événement avec leur bien-aimé(e)... Un regret pour les enseignants, qui rappellent que cette fête se déroule en pleine période d'examens !

Les générations les plus âgées voient dans ce genre d'événement, une perte des valeurs khmères. En revanche, Srey Ta, élève au lycée Boeung Trabek, à Phnom Penh, juge positif que le Cambodge ne se coupe pas du reste du monde. Son ami, Niroan, renchérit : « Ce serait étrange si les jeunes ne suivaient pas cette tradition populaire. La Saint-Valentin, c'est une bonne chose car cela nous encourage à déclarer ouvertement notre flame.»

coeur de la saint valentin

Mak Sartah, le président du Conseil de la jeunesse, tient néanmoins à mettre en garde la jeunesse, qui déforme le contenu de la fête des amoureux. «Certaines filles ont perdu leur virginité parce qu'elles voulaient montrer leur amour à leur copain. D'autres sont trompées par leur ami, ce jour-là. Le nombre de contamination par le virus du sida et de filles qui tombent enceintes hors mariage s'élève à cette période.» L'organisation Children Support Fondation profite donc de l'occasion pour aller à la rencontre des plus jeunes dans les lieux où ils se réunissent. Cela fait quatre ans qu'elle mène une campagne de prévention, financée par l'ONG Church Service Cambodia. Des bénévoles distribuent des brochures d'information sur le sida et les rubans rouges de lutte contre la maladie dans les supermarchés, les jardins publics, les écoles et les universités. «Nous avons choisi cette date, car pendant cette fête, les jeunes commettent parfois des erreurs», explique Serey Vuth, le directeur de Children Support Fondation.

Miech Ponn, spécialiste de la culture khmère à l'Institut bouddhique, explique que la fête des amoureux n'est cependant pas un phénomène nouveau au Cambodge. «Dans le passé, les Khmers aimaient s'offrir des cadeaux pour déclarer leur amour ou montrer leur amitié, que ce soit entre mari et femme, parents et enfants, enseignants et élèves ou entre voisins. On peut célébrer l'amour tous les jours. Chez nous, il n'y a aucun jour pour la haine.» Ce conservateur, âgé de 75 ans, considère que la Saint-Valentin est un «coup d'Etat au sein de la tradition khmère». Il juge négatif son côté commercial et le fait que des hommes profitent de cette occasion pour séduire des jeunes filles. «Est-ce que les étrangers fêtent dans leur pays le nouvel an khmer, la fête des morts, le Meak Bochea, le Visak Bochea comme au Cambodge ? Donc les Cambodgiens n'ont pas à célébrer des fêtes qui n'ont rien à voir avec leur pays», conclut Miech Ponn.

Ung Chamroeun 






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